
Le jour se leva. Déjà je voyais le soleil réchauffer l'eau du lac, mais je ne savais pas que l'avion allait quitter si tôt la base du Lac Manouane. Lorsque le pilote emprunta le petit sentier, je compris qu'il partait. Je l'ai suivi jusqu'au quai. Arrivé sur place, je vis qu'il montait deux noyés dans l'avion. Le pilote démarra son moteur et quelqu'un laissa aller la corde qui retenait l'appareil. Lentement, l'avion s'éloigna du quai. Il y avait une petite brise du nord. L'avion glissa quelques centaines de pieds sur l'eau, et hop il quitta la surface lisse qui reflètait le soleil venant de l'est.
Le tout a débuté en juillet. Ma petite maison était à l'est de la ligne rouge ( voir la carte plus loin) . Là, j'y ai passé une saison. L'aventure à la limite de la toundra, car ici, au Lac Manouane, la forêt commence à se faire rare et les arbres de plus en plus petits. Mais une chose est certaine, la pluie est très présente car il pleut cinq jours sur sept ....
Voilà un petit passage de ma vie qui s'est passé au Lac Manouane ,à 150 milles au nord de Chicoutimi.
Un matin, mon beau-frère me téléphona pour me dire qu'il avait un travail pour moi, comme pompier forestier. J'ai dis oui car l'aventure m'attirait: aller passer quelques mois dans la forêt c'était quelque chose de nouveau pour moi.
Quelques jours plus tard,c'est-à-dire le 16 juin 1961 à 10.30 a.m. Monsieur Larouche, le responsable de l'embauche, arriva chez moi en camion(pick-up)pour me conduire à mon nouveau travail.
Il nous conduisait d'une main sure. Nous sommes passés par Jonquière où l'on prit un passager nommé Marcel. Départ de Jonquière à 11.00a.m. puis nous avons continué notre route jusqu'à Saint-Coeur-de-Marie ,11.30 a.m. petit village près d'Alma, puis nous avons repris la route après quelques minutes d'arrêt.
Diner à Sainte-Monique , Le but de notre voyage était de se rendre aux Passes Dangereuses(Chute-des-Passes) avant la fin de la journée. Comme nous étions trois passagers sur une banquette de camion roulant à vive allure, le voyage fut assez pénible.
Après plusieurs kilomètres, nous sommes enfin arrivés à St-Ludger-de-Milot. À la sortie du village, nous avons pris la route de gravier qui mène aux Passes-Dangereuses (Chutes-des-Passes).
Nous roulions sur le gravier depuis plusieurs kilomètres, en maintenant une vitesse raisonnable malgré le bruit d'enfer dans la cabine du camion et les roches qui frappaient le dessous du camion.
Le bruit rendait la conversation difficile. Monsieur Larouche était un gars très sympathique qui aimait bien parler de tout et de rien. Ses histoires nous aidaient à oublier le bruit dans la cabine. Afin de meubler la conversation, on parlait du travail qui nous attendait au Lac Manouane.
La route en gravier qui monte aux Passes Dangereuses était parsemée de grosses roches. Finalement, à 16.00 p.m. après plusieurs heures de camion, on vit poindre des bâtiments et de l'eau; la tête du barrage de Chute-des-Passes. Le barrage refoulait l'eau plusieurs milles en direction du canal Bonnard, ce qui formait un immence lac.Il n'y avait pas de route alors pour se rendre au canal.La seule voie c'était l'eau ,toujours l'eau, à perdre de vue.

Il y avait de vieux campements qui longeaient la berge, et c'est là que Monsieur Larouche dirigea son camion devant un des camps. On descendit tous du camion.
Quelle surprise de voir qu'il y avait déjà du monde dans le camp. C'était une équipe qui attendait Monsieur Larouche. Naturellement, on s'est présenté les uns aux autres pour ne former qu'un seul groupe. Puis nous avons soupé tous ensemble et les discussions ont suivi.
Monsieur Larouche avait pris soin de monter de Chicoutimi une commande d'épicerie. Nous avons tous plongé dans les boîtes et ce fut le gros pique-nique Souper à 17.30 p.m.
À notre grand étonnement, Monsieur Larouche donna ses instructions, et nous quitta pour rentrer à Chicoutimi. Il nous restait à attendre le bateau qui nous monterait au Canal Bonnard. Nous sommes restés deux jours sur place avant que le bateau n'arrive. Le premier soir coucher à 23.00 p.m. Il pleut .
Le canal Bonnard, c'est la partie entre le niveau du barrage des Passes-Dangereuses et le Lac Manouane. La mémoire me joue des tours, mais je crois que le canal mesurait quelques kilomètres de longueur.
Le lendemain matin, tous se levèrent tôt; lever à 7 a.m. L'excitation je suppose.
La journée passa assez vite car après le diner, je reçu de la visite de Chicoutimi: ma blonde
son frère et un autre couple. Ils avaient fait tout le parcours pour venir me voir. Ils
restèrent quelques heures et hop c'est le départ pour Chicoutimi. Avec un petit pincement au coeurje les vis repartir
à 20.45 p.m.
Fini la visite. Passer un dimanche à attendre c'est très long.. Départ pour Manouane à 9.00 a.m. petit retard,mais enfin c'est parti. Il 10.00 a.m.
Je reviens au transport qui va nous permettre de se rendre au Lac Manouane car pour tout dire ce n'était pas un bateau mais un chaland poussé par un système très puissant. C'était un moteur de tracteur monté sur un pied pivotant; on appelait ça le système Volvo.
Le chaland avait été assemblé à partir de réservoirs de l'armée qui formaient une surface assez grande pour y mettre deux camions, une pelle mécanique et plusieurs barils de pétrole de toutes sortes. Le pilote du chaland, nous trouva une petite place à travers la machinerie lourde.
Finalement, nous nous sommes embarqués sur ce grand bassin que formait le barrage. Notre arrivée à l'enbouchure du Canal Bonnard se fit presque à la tombée de la nuit. Il était 16.00 p.m.
Le canal étant trop étroit et son courrant trop rapide pour permettre la navigation un camion nous transporta à l'autre bout du canal, là où un campement nous attendait. On nous dirigea directement à la cuisine, pour nous permettre de manger un peu, car sur le chaland c'était pas le grand luxe. Souper à 18.00 p.m.

La Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) vient d'inaugurer un nouvel aéroport, situé en pleine forêt, pour lutter contre les incendies, dans les secteurs éloignés au nord du Lac Saint-Jean.
Situé à une dizaine de kilomètres à l'ouest du lac Manouane,Selon la porte-parole de la SOPFEU, Swan Thibault, les grands incendies de juillet 2002 et la récurrence des feux de forêt au nord du lac Saint-Jean ont démontré la pertinence d'un équipement de la sorte dans ce secteur.
La SOPFEU a donc investi 700 000 $ pour construire ce nouvel aéroport au Canal Bonnard. L'industrie forestière a vite compris l'intérêt d'un tel équipement et a mis l'épaule à la roue. « Les compagnies forestières ont fourni du matériel, et de l'équipement.On retrouve à l'aéroport du Canal Bonnard une salle d'attente de mission, c'est-à-dire une salle de repos enfin que le personnel récupère entre, chaque sortie. Un bureau et un dortoir peuvent loger 10 personnes » a précisé Swann Thibault.
À l'usage exclusif de la SOPFEU, cette piste en gravier compacté a accueilli ses premiers avions-citernes au cours des dernières heures.
Nous avons passé la nuit dans un camp spécialement aménagé en dortoir. Coucher 22.45 p.m. J'ai très mal dormi. Je ne sais pas pourquoi. J'étais debout à 4.45 du matin , donc bien avant le lever du soleil. Il faisait très beau . Pas de pluie en vue. Je me suis rendu à la cuisine tout de suite. Tout était prêt pour le déjeuner.
J'ai pris un café. Il n'était pas mauvais mais pas vraiment à mon goût... J'ai attendu les autres de mon groupe pour manger. On a eu juste le temps de prendre quelques bouchées, puis on nous dit que tout était embarqué sur le chaland et que nous étions prêt à partir.
On s'est donc tous dirigés vers le quai pour enfin voir notre bateau. Il était 7.20 du matin. C'était un bateau en métal avec un moteur Caterpillar 6; encore un moteur de tracteur qui remorquerait un autre chaland chargé à ras bord avec tout notre équipement.
Tous les bagages étaient en place sur le radeau car à vrai dire, ce deuxième chaland était beaucoup plus petit que le premier. Mais toute le matériel qui était sur le premier radeau était sur le deuxième .Quel spectacle de voir ce petit bateau tirer un si gros chaland,(avec de l'équipements très lourd)!
Le petit bateau peu puissant, piloté par un indien nommé Simon, allait remorquer le radeau sur toute la longueur du trajet. C'est donc maintenant que le plaisir commença, car le tuyau d'échappement avait une petite fuite, et après queques minutes nous avions tous l'air de "pas propres" car à toutes les fois que l'on touchait à notre visage, nos doigts laissaient des traces noires.
La journée s'annoncait donc longue et sale. Si vous regardez la carte ci-jointe, vous constaterez que le Lac Manouane est d'une longueur très respectable; le bateau était à la limite de sa puissance mais on avancait tout de même.
Après quelques heures de marche, le vent s'est mis de la partie et l'on dériva dans une grande baie qui était sur la gauche, c'est-à-dire à l'est. Le moteur toussait et toussait et perdit de la vitesse. Le vent finit par avoir raison du moteur.
Les vagues montaient par dessus bord et l'eau entrait dans les réservoirs qui alimentaient les injecteurs du moteur. Simon, avec tout son savoir, réussit à faire repartir le moteur après plusieurs minutes de travail. Voilà reparti le bateau tirant lamentablement un radeau beaucoup trop lourd pour lui. On se regardait tous, espérant que le moteur allait tenir le coup. Lentement, on reprit la bonne direction. Nous avions pris beaucoup de retard.
Un petit lunch nous attendait dans une boite de carton au fond du bateau. Cela aida à enlever le goût du diesel car de plus en plus la fumé envahissait la cabine du bateau même si la porte restait ouverte.
Et notre pilote, vous voulez savoir son nom? Simon Matatache un indien de Bersiamite sur la Cote-Nord, très sympa, mais pas tellement causant. Après un autre lunch, le vent se calma et le reste de la traversée se passa au calme. Même la conversation était au ralenti car on avait encore le goût de la fumé diesel dans la bouche. En fin de journée, on vit apparaître quelque chose à l'horizon.
Ça ressemblait à des petites maisons. Ces maisons formaient un petit village sur le bord d'une grande baie et au bout de la baie on voyait un barrage cela nous permis de constater que c'était la fin du voyage. Lentement on s'approcha d'un semblant de quai.
Tout ralentit pour enfin s'arrêter complètement et le quai résista au frottement du radeau avec tout son chargement. Enfin mettre les pieds sur du solide quel plaisir après dix heures de rafiot! Ce fut un choc de voir des maisons perdues dans le bois. La première maison près du quai était celle de notre pilote Simon. Du quai, pour aller aux maisons, il y avait une légère montée. De là, j'ai compris que l'on était loin, très loin de tout...Notre arrivé à exactement 18.30 p.m.
Par la suite, nous nous sommes dirigés vers nos petites habitations. J'avais celle en face du bureau(l'office). Sur le toit de l'office, des entennes de radio érigées vers le ciel nous rassuraient car elles étaient notre seul lien entre ce coin de terres sauvages et la civilisation.
Notre maison était toute petite, elle était à peine assez grande pour deux personnes. Il n'y avait pas de cuisine car on prenait nos repas dans une salle à diner commune d'une capacité d'au moins 50 personnes. Bernard, un gars de St-Honoré, était notre chef pour le plus grand plaisir des palais gourmands.
La vue avant de notre maison donnait sur l'office et la vue arrière sur le bas du barrage et une partie du lac. Il y avait un autre lac à la droite nommé Opitoune(petit lac en deux parties qui se vidait dans la rivière Manouane.
Comme nous étions sur une butte d'une élévation de plus de 20 pieds, nous avions une vue imprenable sur les lacs et en arrière plan, on pouvait aussi voir une chaine de montagnes au nom inconnu dont un des sommets s'appellait (sous toute réserve) Mont-Blanc.
Nous étions isolés de quelques centaines de pieds des autres maisons. À notre droite, c'etait la maison mobile de l'ingenieur Oliver Marcereau et sa femme.
Deux jours ont passé depuis notre arrivée sur le territoire des Passes-Dangeureuses sans avoir vu le soleil! Le temps était couvert et un léger brouillard nous suivait. Mais j'étais tout de même confiant que j'allais avoir du bon temps ici au Lac Manouane.
Après souper, on fini de s'installer dans notre petite maison, j'ai pris le lit à droite et mon copain Marcel celui de gauche. Entre les deux lits, une petite table sur laquelle on y installa la radio. C'était un petit radio de communication de trois watts, pas tellement puissant. Nous syntonisions la bande de 80 mètres qui nous permettait de communiquer avec toutes les tours de garde-feux et le bureau de Monsieur Larouche à St-Coeur-de-Marie.
Le premier soir, on se coucha assez tard car on avait beaucoup de choses à se dire. Marcel était de Jonquière et moi de Chicoutimi.
Mercredi 21 juin 1961 lever à 6.30 a.m.
L'éclairage du village nous était fourni par une turbine qui était dans le pied du barrage.
Le barrage c'etait un ouvrage qui permettait de refouler l'eau vers le canal Bonnard,
la rivière Péribonka, le barrage de Chute-des-Passes, le barrage de Chutes-du-Diable
et pour finir le barrage de Chutes-à-Savanne. Mais je reviens à mon petit barrage du lac
Manouane, plutôt une digue il contrôlait le débit sur la rivière Manouane, car le gros du
volume allait du côté du canal Bonnard.